Hypnose utilisationnelle

L’importance de se détacher des scripts !



Scripts et protocoles :


Avant de commencer, il nous faut poser un présupposé, les termes en hypnose ne sont pas toujours très clairs et parfois, nous avons tendance à les confondre.

Une précision lexicale s’impose donc afin de nous entendre sur la signification des termes employés dans le cadre de cet article uniquement (il ne s’agit là que de ma position, nullement une vérité absolue.).


Un accompagnement, une thérapie, commence par une anamnèse, qui permet la récolte des informations nécessaires (l’histoire du sujet, ses tentatives de solution, les valeurs et croyances du sujet, etc..) à la mise en place d’un protocole et de script.


Protocole : quand on parle de protocole, on sous-entend la structure, le squelette, de la séance, l’orientation du travail en fonction de la problématique. Ce protocole se définit par un ou des script(s) plus détaillé(s), script qui contiendra des métaphores. Par analogie, on pourrait comparer le protocole en un découpage général du film, le script contient lui toutes les informations (dialogue, lumière position, choix des décors, etc.) les métaphores sont les images, les ambiances, la symbolique, le cadrage.


Script : quand on parle de protocole hypnotique, on se réfère à un ensemble d'outils pour inhiber un trouble pathologique, par exemple. Ces outils s'appellent les scripts hypnotiques, et ils sont insérés selon un ordre précis selon les spécificités ainsi que la pathologie du sujet. Le script, comme au cinéma, c’est en fait la structure le plan du déroulé de la séance, dans laquelle on retrouvera le protocole et les métaphores notamment, il y a bien sûr autant de scripts (et de métaphores et de protocoles) que de sujet et de problématique. (1)


Extrait de la formation hypnopraticien Niveau 1 Oblavion

https://www.oblavion-formations.com/


Le script est nécessaire à l’apprentissage.


Le script est donc une structure, un texte de référence, sur lequel s'appuie le praticien en hypnose, pour générer ou plutôt amener le sujet à générer un changement.

Ce script contiendra des méta-messages, parfois sous forme de métaphore ou analogie.

Il est nécessaire de retrouver certains points dans ce texte, comme avoir une intention, qui peut être la volonté d’une prise de conscience, ou un objectif thérapeutique. (provoquer un processus d'autorégulation, comme cesser un comportement inadapté, une addiction..)

Éventuellement, amener le sujet dans une exploration, au travers de thèmes, comme les animaux totem ou des régressions, ou encore travailler des liens transpersonnels ou transgénérationnels.

Bien sûr, il nous faut pour guider le sujet, avoir capté son attention, pour ce faire nous utilisons les informations que le sujet nous a donné lors de l'anamnèse... Mais aussi des techniques verbales et para-verbales.

Parfois, il est nécessaire de contourner des résistances, ou des croyances limitantes. Pour ratifier et amplifier la transe, nous allons utiliser des signes idéo-moteur comme la lévitation de mains, les catalepsies….


Lors des formations, le praticien débutant sera amené à s'entraîner sur des scripts types, pour chaque thématique, comme la perte de poids, le tabac ou encore, les acouphènes et les traumatismes par exemple, il existe des textes sur lesquels s'appuyer. Ils permettent ainsi aux débutants, de pouvoir se focaliser sur le décodage non-verbal, la ratification de la transe, de s'entraîner, le temps d’assimiler les complexités du sujet et de ses problématiques.


S'il est bon pour le pour praticien débutant de se reposer, sur des textes pré -écrit, et de se former sur ce que les maîtres en la matière ont fait avec plus ou moins de résultats, il est nécessaire de se détacher rapidement de ces écrits standardisés, pour progressivement, se les approprier, n’en garder que la structure, le squelette et adapter le contenu au phrasé du thérapeute et utiliser les métaphores et Vakog (2) du sujet.

L’analyse de script permet de comprendre ce qui amène le sujet à vivre sa transe, ou génère le changement.

L’utilisation systématique du script est souvent due à un manque de confiance en soi du thérapeute, ou une méconnaissance du sujet abordé.

Au plus, le praticien maîtrise son outil et à les connaissances suffisantes sur les pathologies, problématiques, au plus il pourra faire appelle à sa propre créativité et à laisser l’inconscient du bénéficiaire, guider la séance sans craindre de “perdre” le contrôle”.


Les scripts sont un peu comme les petites roues du vélo, bien utiles pour commencer, mais pour plus de liberté, il faut s’en détacher.


Le script fige la relation.


Le script copié d’un livre ou acheté sur Internet, présuppose qu’un problème à une cause unique et commune, et donc une solution unique et commune!

Hors nous travaillons avec des êtres humains, qui ont chacun leur vécu, leur carte du monde, leurs croyances, mais aussi leur imaginal,...

Et comme le diable se cache dans les détails, parfois un mot, une tournure de phrase, suffit à atteindre son objectif ou complètement passer à côté.

de surcroît vouloir se caler absolument sur un texte préparé à l’avance, et écrit par et pour quelqu’un d’autre, risque de donner une séance très artificielle et chaotique.


L’efficacité du travail hypnotique, ne réside pas tant dans le texte que dans la relation, un praticien occupé à lire ou répéter par cœur, risque de passer à côté des micros signes, des changements de rythme, du sujet. De ne même pas s’apercevoir que celui-ci n’entre pas en transe, ou de ne pas repérer le malaise du bénéficiaire. Dans le cas où le thérapeute s’en apercevrait, il serait mal pris pour rebondir, en improvisant sur un scénario qui n’est pas de son fait !


Difficiles de ratifier une transe, en étant le nez plongé dans son texte, de ne pas perdre le fil si le sujet à des abréactions qui ne sont pas prévues dans le script.

On dit souvent que l’inconscient parle à l’inconscient, et ce dialogue ne peut avoir lieu que si le sujet et le thérapeute sont en lien. Il se passe une sorte de magie, au-delà de la conscience, qui amène couramment le thérapeute à verbaliser des choses complètement différentes de ce qui était prévu avant l’induction.

Nombreux sont les praticiens, qui lorsqu’ils font l'expérience de se faire confiance, dévient complètement (parfois avec une certaine appréhension) dans une histoire complètement différente de l’idée initiale et bien loin de leur univers créatif. Ils sont complètement surpris de ne plus être l’agent de ce dialogue... Et ils le sont encore davantage lorsque, au débriefing de séance le sujet, confirme que les mots et la guidance étaient exactement ce qu’ils avaient besoin d’entendre et de vivre à ce moment-là, comme si le praticien entrait dans la tête du sujet !


Le script nie l’identité du sujet.


Le sujet et le praticien travaillent de concert, ils sont co-auteurs, parfois le thérapeute s’efface complètement, pour "n'être plus qu’un guide” qui maintient le rythme de la séance, comme par exemple dans le RED (3).

Il est important de laisser la place au sujet d’être auteur de son changement, de faire confiance, en sa capacité à l’auto guérison. Utiliser systématiquement les mêmes protocoles revient à identifier le sujet à son problème, à nier sa spécificité, et refuser d’entendre la particularité de son histoire.

C’est aussi croire en une solution clef en main pour chaque problème, en une solution magique toute faite. Cela peut amener à confondre symptômes et origines. Par exemple, traiter les acouphènes peut se faire de mille et une manière, on peut utiliser par exemple des métaphores comme la table de mixage, ou la console de contrôle, mais on peut aussi travailler sur le passif de la personne, sur ce qu’elle ne veut pas entendre… Les deux approches sont complètement différentes. Dans un cas, on solutionne le symptôme ( et parfois cela est suffisant), dans l’autre on règle un problème, qui ne risque pas de générer un "déplacement" vers une autre somatisation ou une résistance, qui se solderait par une frustration des deux parties.

En outre en voulait absolument travailler avec un livre de recettes, le praticien, risque de tomber dans des biais et des automatisme, et de chercher dans l'histoire du sujet ce qui colle à ses protocoles, faisant ainsi un tri, par une forme de cécité à l’information, ne relevant que ce qui est pertinent par rapport à l’idée qu’il se fait au préalable du problème. On recherche la validation dans les informations afin de rentrer dans les cases, des stéréotypes.



En Conclusion, lire et relire ce que les autres ont fait et écrit, et s’en inspirer, est une merveilleuse façon d’apprendre et de grandir dans sa pratique, mais lire un texte récité par cœur un texte, c'est s’installer dans un confort et une sécurité illusoire. C’est limiter l’accompagnement à une théorie et structure figée, sans relation, et sans relation il n’y a pas d’aide !

L’hypnose utilisationnelle repose sur la spécificité de chacun, et croire en la capacité du sujet à accéder à ses propres ressources. Un hypno-praticien, c’est être un accompagnateur, un éclaireur qui ne connaît pas l’itinéraire, mais qui sait s’adapter à chaque type de chemin. Au-delà des dimensions, des croyances, c’est être l’impulsion d‘une transe générative.



Christophe Baliko

https://www.christophebaliko.com/


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